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Les racines du mécontentement

Si l’on ne peut juxtaposer des situations économiques, sociales, politiques, culturelles à l’identique pour tous les pays d’Outre-mer (notamment par l’Histoire et l’influence des continents auxquels ils se rattachent géographiquement), il n’en demeure pas moins des réalités semblables.

Réalités semblables que sont les inégalités encore plus accentuées sur ces territoires qu’en France, un accès plus limité aux services publics et aux logements, (avec l’existence de véritables bidonvilles) une fiscalité discriminatoire (avec la création de zones franches) et une quasi absence de développement industriel qui accroît la dépendance économique vis-à-vis de la France :


- d’où un chômage qui frappe plus de 25% de la population active de ces territoires (Martinique : 24,1% - Guadeloupe : 26,9% - Guyane : 28,5). Les taux de chômage des 15-24 ans y dépassent les 50% (60% en Guadeloupe),


- d’où un coût de la vie plus important qu’en France, (estimé à plus de 30%) avec un taux d’inflation souvent supérieur de 2 à 3 points à celui enregistré en métropole.


La plupart des produits manufacturés, énergétiques - voire alimentaires - sont souvent importés de France. Outre les coûts de fret, s’ajoute la taxe douanière sur les produits importés (dite "l’octroi de mer") en Guyane, Guadeloupe, Martinique et Réunion. Cette taxe constitue une ressource essentielle des communes pour les DOM, d’autant que celles -ci sont incapables de satisfaire aux besoins de leurs populations. Ces réalités du quotidien sont vécues dans les pays d’outre-mer comme une exception aux lois de la République Française. Autant d’exceptions qui constituent pourtant la règle ; tant sur plan fiscal, qu’éducatif, statutaire ou social. L’outre-mer reste indéfini dans la République et l’éternel parent pauvre de la France. Mises sous tutelle par un Etat plus guichetier que solidaire, ces collectivités n’ont guère eu le choix que de subir les déclinaisons locales d’une politique nationale peu adaptée à leurs besoins si ce n’est au coup par coup et souvent de façon conjoncturelle, notamment dans le domaine agricole ou pour l’emploi.


Leur économie entièrement dominée par des figures parisiennes ou étrangères n’est pas un facteur de croissance, dès lors que la richesse qui en émane n’est pas redistribuée ou réinvestie. Au final, ces régions sont plus administrées depuis Paris que gouvernées localement selon le principe d’autonomie des collectivités locales. Une gestion disqualifiée qui oscille entre abandon et ingérence intéressée, faute de les accompagner dans un développement durable et autosuffisant. Il en ressort que des manifestations de mécontentement contre une certaine logique « néocoloniale » continuent d’alimenter les débats publics sur le rapport entre la France et ses territoires. Débats qui traversent – et pour cause ! - largement les organisations syndicales de ces territoires au point d’en faire une priorité revendicative en Nouvelle Calédonie (USTKE) ou en Guyane (UTG).

La situation actuelle

48 organisations (syndicales, politiques, associatives) se sont regroupées dans une alliance (LKP : Rassemblement contre l’exploitation). Enracinement populaire d’autant que la population dans son ensemble soutient ce mouvement, répondant massivement aux manifestations. Cette alliance a exigé de discuter avec tout ceux qui représentent tout ou partie du pouvoir économique, social et politique sur le territoire (Medef et pme, Etat, Conseil régional et général.

Des revendications sociales contre la vie chère

Les revendications portent sur la lutte « contre la vie chère »


- le relèvement « immédiat » de 200€ des plus bas salaires, des retraites et des minimas sociaux.


- le gel des loyers pour une durée indéterminée et l’annulation de l’augmentation prévue en 2009.


- l’opposition à tout licenciement et l’ouverture des négociations par branches ou entreprises


- la réhabilitation et l’indemnisation des transporteurs qualifiés de « clandestins »


- L’indemnisation des victimes professionnelles et civiles du chlordécone. (pesticide utilisé dans les bananeraies)


- le maintien et l’aménagement du foncier dans le secteur agricole. Pour la pêche, la suppression de certaines taxes et la révisions des coûts des intrants.


- un moratoire de quatre ans est demandé sur la suppression de postes dans l’éducation nationale avec la titularisation des contractuels et des contrats aidés.


- plus de transparence sur la formation des prix et une diminution de 50 centimes sur les prix du carburant, une baisse du prix de l’eau, une baisse sur le prix des communications et une autre sur celui des transports collectifs. Le départ précipité du Ministres des DOM-TOM a laissé les organisations syndicales circonspectes sur un projet d’accord.

En MartiniqueLa population martiniquaise a suivi avec beaucoup d’attention le conflit. Réunis dans un collectif dit du « 5 février, », la grève générale lancée par les syndicats martiniquais porte sur des revendications identiques à celles des camarades de Guadeloupe (avec une « augmentation de 300 € pour tous) La première séance de négociations a essentiellement porté sur la question des "prix des produits alimentaires et des services" et plus largement sur la question des coûts. Si les négociateurs sont tombés d’accord sur la réalité de la cherté de la vie, les discussions ont vite achoppé sur l’exigence formulée par le collectif "d’une baisse immédiate des prix de 30%", Les négociations devraient reprendre ce jour.

En Guyane, le collectif "Contre la vie chère", l’une des organisations à l’origine du mouvement pour la baisse des prix des carburants fin 2008, a annoncé son intention de se joindre aux mobilisations lancées par les syndicats ce jour.

Tag(s) : #Interpro